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En aparté avec Jacques Mercier !

06 mar
En aparté avec Jacques Mercier !

Face à quiconque ne connaîtrait pas Jacques Mercier, je déduirai qu’il vit en dehors du «Plat Pays». Car c’est ici rien moins qu’une figure culturelle belge que j’ai l’honneur d’interviewer… Jacques Mercier est d’abord une personnalité des médias, actif tant en radio qu’au petit écran, où il s’est fait connaître à travers d’innombrables émissions alliant la culture au ludique. Mais c’est aussi et bien sûr un homme de lettres, dont la bibliographie est longue d’une quarantaine de titres. On découvre, parmi ceux-ci, essais, romansrecueils de nouvelles ou encore de poésie. Il signe aujourd’hui «L’orage», chez ONLIT BOOKS, nouvel éditeur numérique belge… Je vous proposerai, en fin d’échange, divers liens pour le découvrir davantage… Mais plongeons à présent dans le vif du sujet, et cela par une entrée en matière très… «ardissonienne»…

Jacques Mercier, pouvez-vous nous faire le «pitch» de votre dernière publication ?

 «L’orage» est un face-à-face entre un auteur et ses personnages… Suite à l’acquisition d’une tablette de lecture électronique, celui-ci est amené à faire le tri dans sa bibliothèque et à voyager à travers ses nombreux souvenirs de lecture. Le récit est traversé par les grandes questions de la vie: vivre ou écrire, évoluer ou mourir ? Et bien sûr l’amour, le temps qui passe, la mort… Toutes ces interrogations partant de l’irruption du livre numérique dans nos vies. Un orage culturel !

J’ai été surpris d’apprendre que vous aviez déjà publié plusieurs «livres électroniques». Ainsi donc – de même qu’ONLIT BOOKS est le premier éditeur 100% numérique belge – ne seriez-vous pas, de votre côté, le premier auteur «électronique» de Belgique ?

 En fait, j’ai suivi de près quelques auteurs sur LiBook, diffuseur via Kindle Amazon, et en particulier Jean-Luc Fonck, avec ses nouvelles surréalistes. C’est ce dernier qui m’a donné l’envie de discuter avec LiBook, et m’a fait m’apercevoir qu’il y avait là l’occasion de rendre un peu plus «immortels» ces livres qui autrefois disparaissaient en quelque sorte après leur première édition… Je ne suis donc pas le tout premier, mais il est sûr que je dois être un des rares à avoir déjà publié des œuvres uniquement en numérique. C’est surtout le cas de «Une diva amoureuse», un roman qui n’existe que sous cette forme. Il y a aussi «Les perroquets de l’Orénoque», fait de chroniques. Puis «Mon père est mort en riant», un essai enfance/âge adulte, qui semble cartonner sur Amazon ! Bien sûr, s’y ajoute aujourd’hui «l’Orage», qui est encore plus «formaté» pour le numérique; un pas supplémentaire !

On vous a vu à la Foire du Livre de Bruxelles, les auteurs numériques ont-ils vraiment leur place dans ce genre de manifestation (eux qui n’ont pas d’ouvrage à présenter physiquement, et donc de livre à dédicacer) ?

Tout cela est nouveau et il est en effet bizarre que la révolution numérique doive se faire dans ce milieu qui lui-même est attaché au livre-objet, au papier, à tous ses métiers (libraires, bibliothécaires,…) C’est délicat et osé ! Il faudrait peut-être pour l’an prochain «inventer» quelque chose de parallèle… Ou de bien intégré ! Pour les dédicaces, on devrait pouvoir insérer une phrase en début de texte; comme on le fait pour insérer une note dans son livre (ce que je fais déjà dans mes propres lectures avec ma liseuse)… Une mutation à faire !

Vous semblez très ouvert à l’informatique et aux nouvelles technologies, est-ce un goût ancien ?

J’ai très tôt compris qu’il fallait évoluer pour ne pas vieillir. En parallèle à l’évolution de la langue, de la musique, de la radio, de la télévision, j’ai aussi tâché de me tenir au courant de l’évolution des techniques, des outils de transmission de la création. Je suis passé du stylo à la machine à écrire, puis à l’écran d’ordinateur sans aucun souci. Juste le temps de l’avoir suffisamment utilisé pour ne plus en être distrait. Si j’écris vite, au fil de ma pensée, c’est finalement plus facile sur écran (puisqu’on peut effacer, revenir, modifier, garder). Je me souviens de l’époque des machines, des carbones, des corrections au Type-Ex, etc. On ne va pas dire – en dehors du côté nostalgique – que c’était plus simple ! Donc oui, je suis les évolutions, j’y prends ce qui facilite les choses (dictionnaires, livres de références, documentation universelle… Pour des livres précis, comme celui sur le chocolat, j’obtiens des dizaines d’informations nouvelles et intéressantes par le biais de la technologie)

Quel est aujourd’hui votre rapport au livre (le livre traditionnel s’entend) ?  Et en quoi, depuis l’arrivée du numérique, cette relation aurait-elle changé ?

Comme toujours, quand une innovation naît, elle remet en place – dans une autre place – ce qui l’a précédé. Par exemple: le 33 tours, la cassette, le CD, le MP3, pour la technique de diffusion de la musique (ce qui modifie aussi le fond, puisque le 33 tours a permis des musiques plus longues que les 3 minutes possibles sur un 78 tours). En ce qui concerne le livre numérique, c’est la même chose. On va découvrir toutes les possibilités nouvelles (l’emploi, l’écriture et la lecture, la diffusion). Quid du livre papier ? Il ne va pas disparaître, mais sans doute certaines catégories vont avoir une moindre importance (le poche, par exemple). Le livre bel objet restera. Le livre, d’ailleurs, restera longtemps et peut-être encore toujours. Mais il faut bien se dire qu’à un moment donné on est passé du parchemin au papier et que peu à peu on a adopté ce véhicule. J’ai lu «Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse des mots» ! Je trouve ça fort juste. Mais rien n’empêche ceux qui ont vécu avec le livre-papier, l’ont aimé, apprécié, de poursuivre longtemps encore. Les bibliothèques restent des meubles magnifiques qui font rêver ! Mais de mon côté, je commence à faire comme le héros de «L’orage», j’ai retiré les livres non indispensables pour garder et mieux mettre en valeur ceux que j’ai aimés pour toutes sortes de raison (dédicaces, notes à l’intérieur, achats spéciaux,…). Ainsi «La métamorphose» de Kafka et «Poèmes» de Paul Eluard, qui comptent parmi mes premiers achats d’adolescent. Je les garde précieusement et les relis souvent !

Vous qui êtes un grand amoureux de la langue, et avez été membre du Conseil supérieur de la langue française, comment conviendrait-il – à votre avis – de désigner ce nouveau support de l’écrit ? L’expression «livre», pour ce qui est au fond un fichier informatique, n’a-t-elle pas quelque chose d’impropre ? Et ebook est peut-être trop anglais…

Vous avez raison, il faut trouver le terme. L’imposera-t-on ? Naîtra-t-il spontanément ? C’est encore tôt pour le dire. Comme pour tout ce qui concerne l’informatique, la base est anglo-saxonne, donc il faut parfois – pas toujours – traduire, adapter ou englober dans la langue. Le «mél» finalement sera sans doute supérieur au courriel (deux syllabes), mais le mot vient de «mail» et lui-même de la «poste» ancienne… Donc pas de complexe à avoir. Les souris, le portail, le site… sont français. Pour le livre, on peut faire confiance aux Québécois, qui sont souvent inventifs, eux disent «livrel». Je pense que «livrel» pourrait s’imposer, mais je n’en sais rien. Ce qui est bien, déjà, c’est que «liseuse» s’installe avec son nouveau sens de support. Il faudrait demander à François Bon, qui semble avoir été le premier éditeur francophone…

 Le numérique a-t-il modifié votre façon d’écrire ?

 Un peu sans doute. Moins je pense qu’au passage du stylo à la machine à écrire. Ici les claviers sont semblables. Mais avec la possibilité de vérification immédiate du sens d’un mot, de sa conjugaison, voire d’un choix de synonyme… C’est une facilité qui donne un premier texte déjà plus abouti et corrigé pour le travail qui suit celui de la création. Entendons-nous, je n’écris pas en me corrigeant tout de suite, mais disons après les deux pages d’écriture environ, quand on sait que la suite ne sera là qu’à la prochaine session. Et à cet instant, le travail de correction, de peaufinage, peut être tout de suite réalisé ! Un autre bonheur.

Pensez-vous que ce format nouveau pousse à une forme nouvelle ?

 C’est très vraisemblable. «L’orage» est d’une longueur totalement inhabituelle pour un roman. C’est un roman (pas une nouvelle), mais court. Plus court que le plus court roman d’Amélie Nothomb ! Mais au-delà de ça, on va pouvoir enrichir le livre de références en cliquant sur les mots et des tas d’innovations semblables. Peut-être moins dans les œuvres de fiction que dans les livres didactiques. Et puis, il y a tout le domaine de l’illustration qui ne semble pas encore arrivé ! La BD, les Beaux-Livres… Quand on voit ce que la presse écrite et les magazines peuvent déjà offrir, on imagine ce qui va suivre ! Vertigineux… et je suis heureux de le vivre !

Comment voyez-vous le livre numérique de demain ? Et vers où voudriez-vous le voir évoluer ?

 C’est encore l’inconnu ! Et c’est fabuleux l’inconnu, c’est comme un retour à l’enfance, où tout semble possible. J’ai vécu ça dans la société des années 50/60, au moment où j’entrais dans la vie active. On est porté par tant d’énergie. J’adore ne pas savoir ce qui va se passer dans la page suivante qui reste à écrire, être surpris, émerveillé, étonné. C’est un peu la même chose avec l’écriture, qui a toujours été essentielle pour moi (bien avant la radio et la télé et bien après…) : je m’attends à des innovations encore, des aménagements, des embellissements, qui rendront à toutes les générations à venir une envie de lecture, c’est évident. Mais ils reviendront aussi au livre-papier dans bien des cas !

Enfin, quels sont vos futurs projets ?

Ils sont nombreux… Bien sûr – dès que la nécessité de vivre ce bonheur se fera sentir en moi – j’écrirai un nouveau roman. Puis j’aimerais que mes poèmes (un recueil devrait se terminer bientôt) soient diffusés en numérique. Tout comme je discute sur la transformation de mes premiers romans (écrits entre 1978 et 1983) en nouvelle version numérisée, mais en les réadaptant quelque peu à notre époque. Parallèlement, je travaille à un nouveau livre sur le chocolat, et aussi à un dictionnaire (dictionnaire des expressions, sans doute), puis à un court polar qui se passera à Tournai pour une collection chez Luc pire. Et j’en passe… Donc, oui, je suis assez enthousiasmé par cette révolution de l’écriture numérique !

Je vous remercie beaucoup de m’avoir accordé cet entretien !

Pour aller plus loin, et mieux découvrir la riche personnalité de Jacques Mercier, je vous invite à suivre ces quelques liens :

Présentation de «L’orage» sur le site d’ONLIT BOOKS  –  Bio de Jacques Mercier sur le même site  –  Sur Wikipédia  –  Site officiel de Jacques Mercier  –  Son blogue  –  Suivez-le sur Twitter  –  Sa page Facebook

 
2 Commentaires

Publié par le mars 6, 2012 dans Entretien

 

2 réponses à “En aparté avec Jacques Mercier !

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