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Liseurs.com : «une médiation sur le livre numérique»

Liseurs.com : «une médiation sur le livre numérique»

J’avais relayé, il y a quelques semaines d’ici, le fameux diaporama «Qu’est-ce qu’une liseuse ?». Billet qui avait du reste connu un beau succès… Tel que mentionné alors, cette intéressante présentation était l’œuvre du site liseurs.com, et surtout de son responsable : Philippe Gournay ! Aussi, dans mon désir d’explorer toujours plus avant notre univers numérique, j’ai cherché à en connaître davantage sur ce dernier et son travail. Démarche qui a rapidement débouché sur un entretien, dont je peux dire d’emblée qu’il fut des plus intéressants. Entrons donc, de ce pas, dans le vif de nos échanges :

Le portail liseurs.com semble à première vue riche et ambitieux… Pouvez-vous mieux en décrire le concept ?

Un concept très ambitieux certes, parce qu’il souhaite répondre essentiellement à une demande légitime de médiation sur le livre numérique. L’offre actuelle dans ce domaine n’est pas évidente à comprendre, à assimiler. En raison d’abord de la variété des acteurs : constructeurs de liseuses, éditeurs, plateformes de diffusion. Puis la diversité des formats d’ebooks (propriétaires et verrouillés le plus souvent). Et enfin la transformation du rapport au texte, à la lecture, que le numérique affecte particulièrement. De quoi dérouter le lecteur, l’effrayer, le rebuter, et parfois le perdre… Le concept pivot de liseurs.com est ainsi de mettre à disposition de l’internaute et du lecteur tous les moyens pour adopter, maitriser, gérer sa liseuse et sa bibliothèque numérique.

Et qu’entendez-vous offrir, pour ce faire ?

Un recensement et un accès à un choix de plateformes de diffusion, de sites de téléchargement d’ebooks gratuits ! Des informations sur le matériel ! Des vidéos ! Des tutoriels ! Etc. Donc un contenu pédagogique, dans une approche didactique… Nous voulons également proposer une veille technologique et éditoriale, permettant de suivre une actualité particulièrement riche, surtout en cette période délicate de transition pour le monde du livre.

Il se trouve que le site est encore en version «bêta»… Donc, que souhaitez-vous encore y ajouter ?

Concernant les principales fonctionnalités, il ne s’agit plus d’en ajouter, mais de les affiner et peut-être même d’en enlever. Comme le disait Saint-Exupéry, «La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer.» L’objectif étant d’offrir une interface attrayante et efficace pour un accès à des contenus didactiques pertinents et clairement présentés.

Mais quand sera-t-il pleinement opérationnel ?

Pour le moment, difficile de prévoir un lancement officiel. Mais le site est déjà suffisamment fonctionnel pour l’internaute. Et en réalité, il s’est trouvé lancé précipitamment suite à la publication du diaporama “Qu’est-ce qu’une liseuse ?”, celui-ci a été visionné – en quelques jours – plus de 4500 fois ! Mais en l’état actuel, il faut reconnaître que le portail est perfectible… Comme vous l’avez justement remarqué, le projet est ambitieux !

Pourrait-on connaître, précisément, l’origine de cette ambition ?… Quel a été votre parcours personnel ?

Je suis né avec ARPANET, l’ancêtre d’internet, l’année même de la parution des «choses» de Georges Perec ! Deux indices qui vous révèlent mon «grand âge», et surtout ma passion conjuguée pour l’informatique et la littérature… Internet a été pour moi, autodidacte, l’outil indispensable à ma formation ! Je suis devenu, à la fin des années 90, webmaster et webdesigner, accompagnant ainsi les évolutions successives de cet outil : haut-débit, Google, web 2.0, smartphones, réseaux sociaux, etc… En 2005, je suis parti à l’île de la Réunion, pour y lancer une agence de création de site internet. Par la suite, j’ai été recruté comme chargé de communication dans un théâtre et j’ai animé un atelier d’infographie dans un lycée d’Arts appliqués. Expériences enrichissantes pour l’aspect technique, culturel et pédagogique, sans oublier un environnement des plus agréables… Quant aux livres, j’ai été bibliophage très jeune et ils m’ont accompagné fidèlement tout au long de mon parcours. Né dans un foyer dépourvu de livres, je me suis constitué ma propre bibliothèque avec ce culte fervent de l’objet papier et une pratique compulsive de la lecture… En tant qu’auteur de nouvelles, aussi, j’ai eu la satisfaction d’être primé et édité et d’avoir entre les mains le livre sous cette forme physique qui faisait mon engouement d’alors.

Mais encore, qu’est-ce qui vous a spécifiquement amené à littérature numérique, et à la création de ce site ?

De retour en métropole en 2010, j’ai dû abandonner à 11 000 km cette bibliothèque de 1500 ouvrages que j’avais accumulés depuis mon adolescence. J’ai alors commencé à lire en numérique sur le petit écran de mon iPhone… Mon premier ouvrage, comme une mise en garde ironique : «N’espérez pas vous débarrasser des livres» de Umberto Eco et Jean-Claude Carrière ! Ensuite, je suis passé naturellement à l’iPad et à la liseuse. Curieusement, cette dernière a une capacité de stockage équivalente au nombre de mes livres abandonnés dans l’Océan Indien. Mais je ne désespère pas de les retrouver ! Ils constituent une bonne partie de mon histoire et j’y suis encore attaché… Lorsque j’ai voulu m’investir dans un projet professionnel, il m’est apparu comme évident de concilier compétence et passion, c’est-à-dire mon expérience de webmaster et ma pratique de grand lecteur… N’est-ce pas un moteur suffisamment puissant pour lancer un tel projet ?

Ça l’est, assurément ! Et bénéficiez-vous de partenaires, dans cette aventure ? Peut-être auriez-vous d’ailleurs un appel à passer en ce sens ?

Actuellement, il est prévu un partenariat avec un investisseur, pour un prochain projet lié à la liseuse. Mais c’est encore en négociation et il m’est difficile d’en parler… Nous sommes bien évidemment tout disposés à étudier des offres de partenariat. Pas seulement financier d’ailleurs. Le travail qui reste à accomplir pour en arriver à un portail digne de ce nom est important. Alors toute contribution technique ou rédactionnelle est bienvenue, et même fortement souhaitée !

Parlant d’appel, quel message adresseriez-vous aux néophytes en littérature numérique ? Auriez-vous un argument particulier, pour essayer de convaincre les réticents ?

Dans cette démarche de faire partager à mon entourage ma passion pour le livre numérique, je me suis heurté à de vives réticences, surtout de la part des gros lecteurs. Essentiellement sur l’aspect matériel du livre, qui demeure plus ou moins à juste titre l’argument principal qu’ils opposent au numérique. L’odeur du papier, la texture, l’épaisseur de l’objet. J’y ai été moi-même sensible, certes, mais l’essentiel est le rapport au texte, au contenu. Cette faculté à nous arracher à l’instant présent, physique, pour nous projeter vers cet état sublimé que l’imagination ou le savoir de l’auteur parvient à provoquer !… Mais par-delà les qualités ergonomiques et fonctionnelles du livre numérique, et ses défauts aussi – dont j’ai bien conscience – je mettrais en avant l’accès direct, instantané, à la plus grande librairie du monde. Pour quelqu’un qui s’est trouvé sur son île, très loin des bonnes librairies, et séparé ensuite de sa bibliothèque, ça explique en partie ma conversion au numérique ! Et je vais vous en donner une illustration concrète… C’est sur le site même de Numéritératureoù il était chroniqué – que j’ai pris connaissance de ce texte de Jacques Mercier, «l’orage», édité aux éditions Onlit Books. En d’autres temps, de ma petite banlieue parisienne, je n’aurais probablement jamais entendu parler de cet auteur, pourtant bien connu en Belgique. J’en ai donc téléchargé un extrait, puis, séduit par son thème et son approche, j’ai acquis l’exemplaire numérique pour un prix modique ! Jacques Mercier y narre justement l’avantage de cet accès privilégié aux livres qu’offre internet…

Eh bien, je suis heureux d’avoir pu vous faire découvrir cet ouvrage et son auteur !… Auriez-vous d’ailleurs un objectif précis – en terme d’audience, par exemple – pour ce qui concerne liseurs.com ?

Il faut reconnaître que le secteur est fortement concurrentiel et qu’il est difficile de faire des prévisions. D’autant que je suis loin d’avoir les compétences suffisantes en marketing et communication qui permettraient de dresser une stratégie de déploiement. Là encore, il serait appréciable de disposer de bons conseils, d’un soutien de collaborateurs spécialisés dans ce domaine… Nous espérons évidemment une audience maximale, mais surtout qualitative, avec des internautes qui prennent le temps de découvrir notre site et ses ressources. Le succès de notre présentation de la liseuse a amené beaucoup de trafic. Cela est gratifiant et nous encourage à fournir de nouveaux contenus !

Enfin, avez-vous d’autres projets ? En parallèle ou à venir…

Il serait plus raisonnable de s’en tenir pour le moment au développement et à l’enrichissement de liseurs.com ! Mais nous avons effectivement quelques autres idées, tournant toujours autour du livre numérique. Et notamment un projet auquel nous sommes particulièrement attachés, qui concerne l’e-bibliothèque, le prêt de liseuses et d’ebooks

Merci beaucoup pour cet entretien ! Et je vous souhaite la plus grande réussite dans votre belle démarche !

 
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Publié par le mai 17, 2012 dans Entretien

 

En vrac

En vrac

Cinq nouvelles chaudes autour du numérique…

  1. On peut dire que la littérature numérique commence sur la Toile. Lequel outil englobe et supplante nos anciens salons littéraires, nos journaux (non plus intimes mais extimes), ou encore nos antiques correspondances épistolaires… Cette nouvelle donne rend-t-elle notre activité moins réelle ? Pas si sûr !

  2. Les publications numériques sont donc, dans bien des cas, le prolongement de blogues et autres activités télématiques. Nouvelle démonstration ici, avec Patrick Delperdange, auteur belge, récemment publié chez ONLIT BOOKS (« Mirador« ), et qui avait déjà très tôt mené sa barque sur le Grand Réseau… Celui-ci nous fait actuellement cadeau d’un feuilleton en ligne: « Une semaine de vacances« , que je vous invite à suivre !

  3. Publie.net proposera désormais, chaque vendredi, une offre promotionnelle sur cinq de ses titres. Ceux-ci seront en effet mise en vente pour la modique somme de 0,99 € (promotion courant jusqu’au lundi soir suivant)… Restez donc à l’affût de cette aubaine, en consultant le catalogue de l’éditeur ! Et vous repérerez les ouvrages concernés – sur Twitter – grâce au hashtag #VendrediPublie !

  4. La série du Waldgänger est un véritable petit phénomène dans le monde de l’édition numérique. Son épisode de lancement, disponible gratuitement, vient ainsi de franchir le cap des 10 000 téléchargements. Occasion qu’a saisi son heureux auteur, Jeff Balek, pour s’adresser à ses lecteurs.

  5. Je parlais récemment d’une extension Firefox permettant de lire des ebooks… Et en voici une autre proposant de… se fabriquer ses ebooks ! Ou plus exactement, sauvegarder des pages web sous la forme de fichiers ePub. Pratique pour lire ensuite le tout sur liseuse, ou au moins de façon plus confortable ! (bon, ce n’est pas toujours concluant, mais je vous encourage néanmoins à essayer !)

    À bientôt pour un prochain aperçu de l’actualité numérique !

 
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Publié par le mai 15, 2012 dans En vrac

 

BAC 2012: Révisez en numérique !

BAC 2012: Révisez en numérique !

Le marché numérique ne concerne pas uniquement les œuvres de fiction, il se développe tout autant – sinon plus – dans le domaine des ouvrages didactiques. En voici d’ailleurs un bel exemple…

«lePetitLittéraire.fr», réunissant une collection pédagogique d’analyse d’auteurs, se destine spécifiquement au monde de l’enseignement. Et à quelques semaines du baccalauréat, cet éditeur propose des outils de révisions «clairs et précis» à destination des lycéens.

Lesdites offres consistent en des «corrigés des épreuves anticipées du bac de français 2010 et 2011 (toutes séries confondues)» autant que des «fiches de lecture des quatre œuvres au programme du bac 2012 (terminale L)». Mieux encore, tout ceci peut s’accompagner d’aides et conseils méthodologiques, pour ce qui à trait à «la rédaction de fiches de lecture, de dissertations ou de commentaires composés»…

L’ensemble étant téléchargeable au format PDF à partir du site lepetitlittéraire.fr ou en ePub/mobi sur les plus célèbres librairies en ligne (ePagine, Feedbooks, iBookstore, Amazon). Les étudiants auront ainsi l’avantage de consulter ces documents sur smartphone, tablette, liseuse ou ordinateur… Qui a dit que numérique et étude ne faisait pas bon ménage ?

J’encourage donc toutes les personnes concernées, parents soucieux du bon déroulement des révisions aussi bien que bacheliers en quête de nouveaux moyens d’apprentissage, à faire un tour sur «lePetitLittéraire.fr»… Avec tous mes vœux de réussite !

 
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Publié par le mai 10, 2012 dans Brève

 

À télécharger… Numéritérature Magazine [N°2] !

À télécharger… Numéritérature Magazine [N°2] !

Vous l’avez attendu, j’ai légèrement tardé, mais le voici venu ! Votre Numéritérature Magazine N°2 est donc enfin disponible au téléchargement. Et cela, je l’espère, pour votre plus grand plaisir… Le texte bonus de ce mois est une nouvelle de Rachel Graveline, auteure Québécoise que je vous invite à découvrir ! Celle-ci nous livre une œuvre («Regards curieux») parcourue d’un émoustillant parfum de sensualité. Aguichantes «sirènes» et douce légèreté qui pourraient bien s’avérer traîtresses… Et les Européens y trouveront, d’après moi, un certain charme américain.

→Numéritérature Magazine [N°2].epub←

Au rayon des nouveautés, je propose désormais un «répertoire» des sorties numériques du mois ! Chacun pourra ainsi rester informé et faire son choix dans ces nombreuses parutions. Mon parti pris fut de n’y mentionner que des œuvres contemporaines, lesquelles sont classées par ordre chronologique de publication… Sur ce, bonne lecture ! ;-)

 
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Publié par le mai 7, 2012 dans Brève

 

Journée internationale contre les DRM !

Journée internationale contre les DRM !

Je me devais de mentionner, au moins pour les personnes qui en ignorent tout, que ce vendredi 4 mai sera voué à la lutte contre le verrouillage numérique. Autrement dit, les horribles «DRM»!

Qu’est-ce donc que cela… De l’anglais «Digital Rights Management», que l’on peut traduire par «Gestion des droits numérique» (pour ne pas dire «restriction des droits»), ce sigle désigne le dispositif par lequel une société éditrice limite les possibilités d’utilisation de son produit par l’usager.

Pour en donner quelques exemples concrets :

  • L’utilisateur sera contraint de lire son achat numérique avec un logiciel ou sur un support tous deux bien spécifiques (ceux développés par une seule et même société)

  • L’utilisateur n’aura pas les moyens d’en faire la moindre copie ou partage (y compris dans un cadre strictement privé)

  • L’utilisateur ne pourra profiter du produit acheté que dans une zone géographique bien délimitée (ce qui est le cas pour la lecture de DVD)

  • Etc

Tout cela signifie donc que l’acheteur ne devient pas réellement propriétaire du fichier acquis, il ne le détient pratiquement qu’a titre de location. Ainsi, sous couvert de protéger le droit d’auteur, puisque c’est là l’objectif initial des DRM (mais gageons qu’il ne s’agit pas que d’une protection désintéressée), l’utilisateur se retrouve avec moins de droits et libertés qu’à l’époque pré-numérique. Un peu comme s’il avait acheté un livre «crypté», ne pouvant être lu qu’avec des lunettes spécifiques, cela par lui seul, et dont l’encre serait susceptible de s’auto-effacer en cas d’usage non-autorisé… Là nous voyons combien l’informatique, s’il apporte un immense progrès, peut aussi entraîner son lot de régressions (et pas des moindres). Notamment en ce qui concerne nos libertés d’utilisation, ou encore la pérennité des documents que nous créons et acquérons.

C’est pourquoi il est nécessaire de garder une grande vigilance. Et c’est le pourquoi d’une telle journée… Il est important de distinguer les sociétés qui adoptent de si déplorables pratiques, de celles qui au contraire les refusent. Plusieurs librairies en lignes font d’ailleurs mention de la présence ou non de DRM sur leurs ebooks. Et certains formats de fichier se veulent des standards libres et ouverts (.epub), quand d’autres sont fermés et propriétaires (.mobi). Dernier point qui vaut aussi pour les différentes liseuses sur le marché ; il en est d’un type «universel», il en est d’un genre «restrictif».

Puissiez-vous donc y être sensibilisés, et sensibiliser votre entourage.

 
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Publié par le mai 4, 2012 dans Article

 

Edicool : «cerner ce que pourrait être une écriture numérique»

Edicool : «cerner ce que pourrait être une écriture numérique»

Après avoir découvert – et plutôt positivement – une de leurs récentes publications, j’ai eu la forte envie d’en connaître davantage sur cette jeune maison. Laquelle donne volontiers dans l’iconoclastie, l’anticonformisme, la facétie. En bref, de quoi éveiller davantage ma curiosité… Et aussi vite demandé qu’accepté, les joyeux drilles d’Edicool m’ont gracieusement ouvert les portes de leurs bureaux virtuels. J’y ai eu droit à une interview qu’on pourrait aisément qualifier de décapante… Il me fallut en effet une certaine dose de contenance, d’autorité, et de professionnalisme pour maintenir cet entretien dans le plus droit chemin. En voici donc le résultat… Par votre envoyé spécial, depuis le maquis numérique :

Tout d’abord, qui se cache derrière votre nom ?

Edicool a été créé par Alexandre Richard et Paul Leroy-beaulieu… Alexandre en est le gérant et c’est lui qui confectionne nos eBooks à la main, selon une recette traditionnelle qui se transmet, dans le plus grand secret, de père en fils depuis plus de 300 ans (rire). Paul quant à lui s’occupe de la partie administrative, de la communication, de la veille technologique… Depuis peu, Vincent Bernard a rejoint officiellement l’équipe, c’est lui qui aura désormais la charge de l’évolution du catalogue, de la ligne éditoriale, de la relation avec nos auteurs, ainsi que de leur promotion… Avec nous, mais à côté, il y également Hervé Fuchs et Thomas Galley en tant qu’auteurs, mais aussi en tant que soutiens toujours disponibles. Au fil du temps, selon leurs disponibilités et leurs envies, nous verrons bien comment les intégrer « en dur » à notre processus de création… Puis, il y a bien entendu Franck-Olivier Laferrère et le collectif Cid Errant production avec qui les accointances sont nombreuses. Vu qu’il s’agit là d’une entité à part entière, nous discutons actuellement les termes de notre collaboration, afin de la rendre la plus enrichissante et la plus fructueuse possible. Cette liste n’est, bien entendu, pas exhaustive et risque de s’allonger encore d’ici peu, il faut croire en la «conjonction de forces désirantes», comme dirait Franck-Olivier.

Serait-on alors devant une coopérative d’auteurs, un peu à l’instar de «Publie.net» ?

Pour info, au RCS de Tours, Publie.net est inscrite en tant qu’Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée, ce n’est pas à juridiquement parler une coopérative. Cependant, comme ils doivent avoir le même souci que nous, vu que les choses avancent très vite et qu’il faille absolument mettre des mots dessus, ils ont recours au terme de coopérative par facilité de langage. Ceci n’empêche en rien, bien sûr, leur fonctionnement interne de ressembler à ce qu’ils en disent… Bref, Edicool avance, se modifie et se structure perpétuellement. En plus, personne n’est dessus à plein temps, ce qui rajoute encore du piment à notre cuisine joyeusement rock ‘n’ roll. Du coup, c’est un peu compliqué à expliquer, mais la manière dont nous sommes en train de nous structurer est une fantastique opportunité de travailler au «un par un», au «cas par cas», plutôt que de penser en termes de business modèle où il faudrait absolument faire entrer les individus dans des cases.

Mais j’imagine que vous avez bien une identité propre… À quoi doit donc s’attendre le lecteur, en parcourant votre catalogue, puis en lisant une de vos publications ?

Là aussi, c’est difficile à dire ! Notre fer de lance est actuellement « les 10… ». 10 auteurs, 1000 mots chacun, un thème qui si possible fait résonance avec l’actualité. Petite particularité, la direction de la publication est tournante… C’est celui qui choisit le thème qui constitue son équipe d’auteurs, son illustrateur, et sa méthode (plus ou moins collaborative, plus ou moins de contrainte, plus ou moins de travail sur les textes, etc.). Cette façon expérimentale de procéder est pour nous un moyen de cerner ce que pourrait être une «écriture numérique», si tant est qu’elle puisse exister.

Serait-il d’ailleurs possible de dresser un bilan de cette jeune aventure ?

Vous savez… On ne peut pas se mettre à la fenêtre pour se regarder passer…

Mais quelles ont été vos satisfactions, par exemple ?

Ce sont toutes ces rencontres singulières avec des auteurs et des textes !

Et au chapitre des déceptions ?

Une déception, il y en a bien une ! C’est que l’impressionnant travail de recherches et de réflexions d’Olivier Cimelière avec «Journalistes, nous avons besoin de vous !» n’ait pas encore rencontré le lectorat qu’il mérite. Par contre, ce n’est pas du défaitisme… Avec le numérique, un livre dispose d’une espérance de vie qui va bien au-delà d’une saison littéraire… Lorsque le public aura compris cela, nous auront tout gagné.

Vous parliez d’écriture numérique… Estimez-vous que celle-ci est un champ particulièrement propice à l’audace créative, à la prise de risques, à une forme d’avant-garde littéraire ?

Qu’est-ce qu’un eBook ? Rien de plus qu’un site internet ou un CD-ROM interactif embarqué… Le fait qu’il y ait du multimédia (ou du transmédia pour faire plus « in ») n’a rien d’innovant en soi. Le support serait même plutôt limitatif en termes de créativité. Ce que l’on remarque par contre, c’est que ce sont les conditions de création qui sont intéressantes. Pour «Aimer, c’est résister» par exemple, nous voyons clairement que le livre est le lieu de la rencontre et du désir. La rencontre de «Uns» qui ont un propos et le désir de le défendre. Pas sûr qu’une boite de prod avec un budget colossal et des impératifs de rentabilité soit en mesure de prendre ce risque. Et c’est cette prise de risque qu’il manque à la littérature. À force d’enjeux financiers, l’édition et la culture en général, sont devenues des machines molles, juste bonnes à produire des bluettes inoffensives et du spectacle. Laisser les auteurs libres de leur propos et de leur style, c’est autant d’occasions de commettre des effractions, de choses improbables qui pourraient bien réussir. Finalement, la seule vertu de l’eBook est de produire une œuvre dans un espace clos, intime et fini… mais surtout qui a un prix, c’est à dire qu’il donne une valeur au travail qui se trouve à l’intérieur. Là, contrairement aux blogs, à l’open-data et au tout gratuit, il est possible de comprendre la différence entre l’infini et l’illimité. L’illimité est une outre sans fond, un ventre jamais rassasié, une nébuleuse éclatée où rien ne vaudra jamais plus qu’autre chose. On y accumule, on y ajoute, on y surnage perpétuellement dans un rythme frénétique et effrayant… mis à part encore des données, ou encore des informations, aucun sens ne pourra sortir de là. La folie de l’Homme est sans limite. La pensée à l’opposé est infinie, mais pour qu’elle opère, il faut lui donner un bord… C’est ce que nous essayons de faire avec nos eBooks.

Pourriez-vous expliquer plus en détails ce principe du «livre enrichi» ? Par exemple, pour les néophytes ou ceux qui n’auraient pas les moyens de l’expérimenter de manière optimale…

Le plus simple est sans doute de regarder notre vidéo de présentation…

Justement, à propos de « Aimer, c’est résister », il est dit sur votre propre site que l’ouvrage est spécifiquement optimisé pour iOS… Ne craignez-vous pas, de la sorte, d’exclure une partie du lectorat ? Et d’enfermer votre publication dans une seule et unique plate-forme (réputée par ailleurs comme assez fermée) ?

C’est autant un avertissement qu’une mesure de protection. Mis à part sur iOS, pas moyen de faire fonctionner la bande son avec le livre, que ce soit sur PC ou sous Android… simplement parce que l’applicatif n’est pas encore là ! De ça, il faut en parler avec Vincent, qui peste suffisamment contre ces foutues machines. Autrement, la guerre que se livrent les géants du Web, en rejouant le film à peine recolorisé du format propriétaire, n’a pas fini de nous emmerder… Malheureusement, à l’heure actuelle, choisir l’option du transmédia, c’est se couper d’un bout des lecteurs, mais ça, ce n’est pas de notre fait.

Enfin, quels sont les projets futurs d’Edicool ?

Dans les publications à venir, nous aimerions prolonger les jalons posés par Olivier Cimelière et Hervé Fuchs, avec respectivement des essais et des romans noirs (la suite en 4 volumes des «Folles de la nationale 4»)… Nous réfléchissons aussi à créer une «identité» à part pour les publications conjointes avec Cid Errant Prod. Étant donné qu’ils ont déjà leur dynamique, leur fonctionnement, leurs idées et leur propos, il nous semble important de prolonger cette expérience sans pour autant fusionner… D’ailleurs Franck-Oliver devrait sans doute publier un hommage à Lawrence d’Arabie pour ce 13 mai, anniversaire de sa mort… Quoique cette dernière sortie reste à déterminer tant ce garçon est «incorrigible et satisfait» (rire)… Puis également un volume des « 10… » avec Thomas en chef d’orchestre, pour l’été, et un autre en partenariat avec WeLoveWords pour septembre. La suite, nous allons essayer de l’inventer en fonction des rencontres que nous allons faire… Une mystérieuse auteure multi-casquettes est justement venue toquer à notre porte avec un projet ! D’ailleurs, de plus en plus, pas mal d’écrivains traditionnellement papier nous contactent pour s’essayer au numérique. On ne peut dès lors s’empêcher de se demander comment autant de compétences et de talents en arrivent à venir à nous ! Ne serait-ce pas là le symptôme d’un profond malaise dans l’industrie culturelle ?… Ah oui, peut-être, pour finir… Lorsque nous serons en mesure d’offrir un à-valoir à nos auteurs, c’est que nous aurons enfin réussi !

Ce que je vous souhaite ! En vous remerciant chacun beaucoup pour cette rieuse et pertinente interview ! Et longue vie à Edicool !

 
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Publié par le avril 30, 2012 dans Entretien

 

«Les hirondelles sont menteuses» – Anita Berchenko

«Les hirondelles sont menteuses» – Anita Berchenko

«Ça pourrait être n’importe où… Il suffirait de modifier les paysages, les descriptions… Mais ça se passe au cœur du Lauragais.» Ainsi débute l’ouvrage… À travers un prologue qui plante le décor et agit comme une belle invitation. «On zoome encore un peu, et dans le viseur apparaît un village. Un assez gros village, presque une petite ville.» Et à cet appel du doigt, vous ne résisterez pas. Tant l’envie sera grande de découvrir ce lieu «riant de chaleur et de soleil». «Entre Montagne Noire et Pyrénées, à cheval sur Aude et Haute-Garonne (…) Où les accents occitans roulent de colline en colline et résonnent comme un vieux chant d’amour»… Mais prenons garde à tous ces charmes. Ce n’en est pas moins une région, nous avertit bien l’auteur, dans laquelle l’existence «n’est pas plus facile qu’ailleurs». En témoigne la vie de ses habitants. Ou plus précisément : certaines de ses habitantes…

Nous allons en effet partager — un à un, et pour quelques instants — les destins de dix femmes. Car chaque histoire, en plus d’une intrigue particulière, narre la vie intime d’un personnage féminin. À commencer par Marthe. Une vielle dame presque impotente. Qu’on voit occuper ses soirées à suivre des jeux de pétanque ; assise dehors, sur la place de la mairie. Elle qui passait déjà tous les dimanches de sa vie à tricoter des écharpes, tandis que son mari la délaissait pour ses parties de pêche… Nous ferons ensuite la connaissance de Kate. Une anglaise «retraitée», comme il s’en rencontre beaucoup dans le Lauragais, venue ouvrir un «bed and breakfast» au milieu du village. Et une de ses grandes passions, à elle, c’est les chats. Ou plus spécialement «Miss Bira», du nom de son «Sacré de Birmanie». Chatte choyée sinon surprotégée. Sa propriétaire ne voulant pour rien au monde que l’animal mette une patte à l’extérieur… Puis ce «travelling» segmenté, auquel nous convie Anita Berchenko, amènera entre autres le lecteur chez Magali. Laquelle se prépare — très fébrilement — à rejoindre son homme, qui travail à Toulouse. Mais l’ennui c’est son maquillage, et surtout sa coiffure, qu’elle ne supporte pas. «Ses cheveux frisottent ? Elle les voudrait lisses. Ils sont raides ? Elle les voudrait bouclés. Quand enfin elle a réussi à les laisser pousser, elle file les faire couper. Puis quand ils sont courts, elle les voudrait longs.» Pourtant Magali s’y connaît en artifices de séduction. Elle qui fabrique de beaux petits bijoux, pour ensuite les vendre sur internet…

Non seulement d’être chacune digne d’intérêt, toutes les nouvelles sont un peu reliées entre elles. Tournant presque sans cesse autour de cette même place de la mairie. Dans ce village du Lauragais. Où se croisent et se recroisent les protagonistes de chaque texte… Marthe, Kate, Magali. Mais aussi Lise, que la peur des fautes d’orthographe empêche d’écrire. Alice, qui danse au bal, très fiévreusement. Nadia, vendeuse au magasin de chaussure, avec son très lourd passé. Puis toutes les autres. L’ensemble peut se rapprocher d’un grand roman choral. Dont l’un des fils rouges thématiques, dans le fond, pourrait être les divers aspects de la féminité. Multiples facettes où les femmes se reconnaîtront, et les hommes apprendront… Ici est effleuré le plaisir solitaire au féminin. Là est abordé tout le poids de la maternité, à travers l’expérience douloureuse d’une adolescente-mère. A tel autre endroit est traitée, les années passant, la peur de ne plus plaire. Ou même encore les affres de la maladie, qui atteignent au plus profond de la féminité… Et toutes ces questions fortes sont coulées dans une forme des plus légères. Ceci au meilleur sens du terme. Car Anita Berchenko manie l’art de la nouvelle avec brio. Elle nous emporte en deux ou trois lignes, et c’est un plaisir de s’y laisser prendre… Pas un mot de trop. Pas de lourdeurs. Juste ce qu’il faut. Avec toujours cette chute à laisser sans voix. Comme d’ailleurs le final du recueil, formé par les deux dernières nouvelles et l’épilogue, où l’auteur nous mène délicieusement par le bout du nez…

Faites-moi donc bien confiance, cette œuvre en vaut le détour… C’est un coup de cœur !

 
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Publié par le avril 27, 2012 dans Critique

 
 
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